Chats, baklava et Atatürk

Tout commence par une frontière. La première hors de l’Europe. Nous arrivons en milieu de matinée, et quittons sans encombres la Grèce. Côté turc, c’est une autre affaire : nous avons droit à la première « fouille » de la remorque. Il nous faut ouvrir chaque porte, expliquer ce que contient chaque compartiment (en anglais puisque nous ne savons pas un mot de turc hormis Merhaba pour dire bonjour) et attendre la vérification des papiers de la voiture et des passagers. Et là, ça se complique : une douanière ne veut pas comprendre que « Verny » est le nom de naissance de Béa, et « Renaud » son nom d’épouse! Après quelques palabres et une bonne dose de patience, elle finit par nous laisser passer. Nous nous faisons la réflexion, qu’en Europe, avec l’espace Schengen, nous avons perdu l’habitude des passages de frontières avec queues interminables, fouilles et complications administratives. Au moins hors d’Europe, l’entrée du pays est marquée, on pourrait presque dire qu’elle se mérite, et encore, la nationalité de notre passeport nous simplifie beaucoup les choses.

Nous décidons de dormir en bivouac près d’un lac, à une vingtaine de kilomètres d’Istanbul, afin de ne pas arriver trop tard en ville le lendemain. La nuit fut calme, ponctuée des appels à la prière auxquels il nous faudra nous habituer puisque nous allons traverser un paquet de pays musulmans.

En temps normal, quand on est une famille qui voyage en voiture et dort en tente de toit, on évite de s’attarder dans des grandes villes plusieurs jours mais Istanbul est une destination qui nous attire (les noms de Byzance, Constantinople, le Bosphore nous font rêver depuis longtemps), une ville à l’histoire riche qui, dit-on, ne dort jamais. De plus, le Land nécessite une bonne révision, nous le laissons donc chez un spécialiste Land Rover pour quelques jours et décidons de prendre un AirBnB pour mieux profiter de la ville. Notre première location sera dans le quartier Sultanahmet suivie d’une seconde dans celui de Beyoglu.

Istanbul-maisons-bois

Premières impressions

La première journée sera consacrée, à flâner afin de nous familiariser avec l’ambiance de la ville et la beauté de ses monuments, de ses perspectives et de sa lumière. Nous prenons le temps de déguster notre premier café turc accompagné de baklava. Le lendemain nous nous rendons à la messe dominicale en Français, l’occasion de pénétrer dans ce petit coin de France qu’est le Fransız Sarayı (Palais de France) sur la colline de Péra. Il faut montrer patte blanche à l’entrée pour découvrir un joli hôtel particulier au beau milieu d’un jardin très vert et une belle chapelle.

Istanbul est une ville qui nous a plu d’emblée : animée mais pas speed, comme peuvent l’être beaucoup de capitales européennes. Les stambouliotes prennent le temps de discuter, de vous renseigner. Le service dans les restaurants est attentionné. A propos de restaurants, il est impossible de mourir de faim dans cette ville : la nourriture et les odeurs sont absolument partout et à toute heure. La gastronomie turque façonnée par son histoire est très variée : nous nous sommes régalés de kebap, doner, pide, borek et kofte, sans oublier les légumes farcis (dolma) souvent à base d’aubergines. Mais le gros coup de coeur a surtout été pour les nombreuses pâtisseries avec une prédilection pour le baklava (à base de pâte feuilletée, de dattes ou de pistaches) et le künefe (fromage fondu entre 2 couches de cheveux d’ange revenus au beurre) accompagné d’un bon çay (thé turc).

Un autre trait marquant d’Istanbul est l’omniprésence d’Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne. Beaucoup lui vouent un culte encore très fort et l’on trouve des bustes (parfois taillés dans la roche), des portraits gigantestques à son effigie un peu partout sur le territoire mais aussi dans chaque boutique ou sur la vitre arrière des voitures. Plus généralement, les Turcs semblent très fiers de leur histoire et de leur identité, le regard est toujours accroché par un des nombreux drapeaux turcs.

Enfin, un détail qui nous a amusé et qui saute immédiatement aux yeux du visiteur : les chats. S’il y a une ville où le chat est un roi, c’est bien Istanbul. On en voit partout, dans les rues évidemment, mais aussi dans les commerces, les restaurants, sur les comptoirs, les chaises des cafés… Les stambuliotes disséminent d’ailleurs des bols de croquettes, construisent des petites maisons en cartons pour eux. Fatalement, les enfants ont finis avec quelques griffures sur les mains.

Sultanahmet et ses « incontournables »

Les jours suivants seront dédiés à la visite des monuments emblématiques de cette ville

Sainte Sophie : église, puis mosquée et désormais musée, elle n’est pas impressionnante de beauté vue de l’extérieur, il faut y pénétrer pour découvrir une merveille d’art architectural byzantin, où les religions se mêlent, symbole, en quelque sorte, de l’histoire de cette ville.

La Mosquée Bleue pour laquelle nous devons (les filles) nous voiler pour la première fois.

La citerne-basilique (ancien réservoir d’eau souterrain doté de magnifiques colonnes dont certaines ont les pieds ouvragés).

Le palais Topkapi, ensemble de cours, de jardins d’agrément et de batiments à l’architecture élégante, qui nous apporte une bouffée d’air frais et de verdure.

Et le Grand Bazaar où se mêlent articles chinois à destination des touristes et objets traditionnels.

Beyoğlu

Quelques jours plus tard nous changeons de quartier de résidence pour le district de Beyoğlu. Autant Sultanahmet nous a marqué par son côté très touristique et un brin islamo-conservateur, autant Beyoğlu est un district plus bigarré : ici se côtoient niquabs et t-shirts moulants, petits restaurants de quartier et bars branchés. C’est ici aussi que se trouve la place Taksim, connue pour ses manifestations violemment réprimées en 2013.

Le district abrite plusieurs quartiers dont celui de Galata, célèbre pour son impressionnante tour qui a eu plusieurs fonctions : tantôt phare, tantôt vigie contre les incendies ou observatoire astronomique. Il faut se perdre dans le dédale de rues qui montent sur la colline, chaque rue regroupant les commerçants ou artisans par spécialité.

Cette partie d’Istanbul a un coté cosmopolite très marqué. Historiquement, c’est ici que vivaient les commerçants étrangers : vénitiens et génois puis, plus tard, grecs, juifs ou arméniens. On y trouve également beaucoup d’ambassades ou consulats. Ce qui nous a également plu, c’est le fait que les rues soient animées de jour comme de nuit, avec notamment la présence de nombreux pubs et restaurants.

Rive asiatique

C’est sûrement du côté asiatique que l’on a la plus belle vue d’Istanbul. Il faut prendre le vapur (ferry en turc) pour traverser le Bosphore et parvenir ainsi sur l’autre rive. La traversée ne dure qu’une quinzaine de minutes et accueillent une foule de passagers aux heures de prise de poste. Beaucoup de stambouliotes vivent de ce côté-ci, n’ayant pas les moyens de se loger dans les quartiers plus « historiques » où l’on trouve plutôt des logements dédiés au tourisme (hôtels, AirBnB, chambres d’hôtes…). Cette ballade sera pour nous l’occasion de déambuler dans un jardin avec une vue magnifique sur le détroit du Bosphore (qui relie mer Noire et mer de Marmara), et d’admirer les yalis, belles demeures en bois du XIXème siècle.

Je crois que nous pouvons dire que nous avons été totalement conquis par cette ville. Un doux mélange de culture orientale et européenne, le charme des monuments aux dômes arrondis sur lesquels se reflète la lumière, la multitude de bassins et de fontaines, les quartiers spécialisés et leurs ambiances spécifiques. La gentillesse des turcs nous a beaucoup touché, bien loin de l’image que nous avions de la Turquie avant d’arriver. Il nous reste encore une multitude de choses à découvrir dans cette métropole comptant plus de 15 millions d’habitants et au passé si riche. C’est sûr, nous reviendrons.

le petit mot de Pétronille:

J’ai vraiment beaucoup aimé Istanbul (anciennement appelée Constantinople) malgré le trafic très dense principalement dans les grands axes. J’ai trouvé que c’était une ville très animée et très jolie. Les habitants prenaient leur temps pour discuter avec les passants et sont toujours prêts à indiquer leur chemin aux touristes un peu perdus. Je pense que nous y sommes allés à la bonne saison car il ne faisait pas trop chaud et il n’y avait pas trop de monde dans les rues. Bref, Istanbul malgré sa taille et le nombre de ses habitants reste une ville très agréable avec beaucoup d’endroits très sympa à visiter (le palais Topkapi, la mosquée Ste Sophie, les citernes …).